"Production participative"

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Eh oui, c’est désormais l’expression française officielle pour "crowdsourcing", publiée le 5 août dernier au Journal officiel… Je trouve la traduction plutôt pertinente, et cela valide des déclinaisons d’ores et déjà utilisées, comme "web participatif" ou "archives participatives".

Regardons plus en détail l’avis concerné:

production participative
Domaine : Tous domaines.
Définition : Mode de réalisation d’un projet ou d’un produit faisant appel aux contributions d’un grand nombre de personnes, généralement des internautes.
Note :
1. On peut, par exemple, recourir à la production participative pour concevoir un logiciel ou pour élaborer une encyclopédie.
2. On trouve aussi l’expression « production collaborative ».
Équivalent étranger : crowdsourcing.

On voit bien qu’ils ont hésité entre "participatif" et "collaboratif", et c’est là la limite de ce choix sémantique : les deux termes n’ont en réalité pas exactement le même sens. On désigne plutôt par "collaboratif" des projets dont les contributeurs sont aussi les concepteurs et les bénéficiaires (c’est le modèle des projets Wikimedia) ; tandis que "participatif" désigne des projets initiés par un organisme qui encourage ses utilisateurs à y contribuer : c’est le modèle des projets de crowdsoucing initiés par des institutions culturelles mais aussi plus largement des sciences citoyennes (que l’on appelle d’ailleurs aussi sciences participatives).

Alors, "production participative" ou "production collaborative" ? Eh bien, ça dépend, ça dépasse, forcément…

CC BY-NC-SA Lou Schwartz, source : Flickr

Crowdsourcing et apprentissage

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Il ne vous aura pas échappé, perspicaces comme vous l’êtes, que les problématiques liées au crowdsourcing, notamment dans le domaine culturel, m’intéressent particulièrement…  Qu’il s’agisse d’analyser les atouts du participatif pour les institutions culturelles, la spécificité des métadonnées sociales, les nouvelles interactions avec les usagers, le management de ces projets et le "retour sur investissement", ou encore les question juridiques liées à la propriété des données, je croyais avoir fait à peu près le tout des questions soulevées par le crowdsourcing (pas le tour des réponses, évidemment, c’est bien ça qui est passionnant avec ce sujet, c’est qu’il y a beaucoup de questions sans réponses gravées dans le marbre, bref, beaucoup d’expérimentation et de réflexions encore…).

Et soudain…

… un jour sur Twitter…

… la question que je n’avais jamais véritablement envisagée :

Certes la dimension pédagogique du crowdsourcing a été largement mise en avant par Wikimédia, avec de nombreux projets impliquant des écoles, collèges, lycées et universités (les Rencontres Wikimédia France de 2012 ont ainsi été consacrées à "Education et projets Wikimédia"), mais je n’avais jamais bouclé la boucle crowdsourcing-apprentissage-institutions culturelles…

CC BY-NC-ND Chris Suderman, source : Flickr.

CC BY-NC-ND Chris Suderman, source : Flickr.

Tout un nouvel horizon de réflexions s’ouvre maintenant à moi :

  • L’apprentissage est-il un levier de motivation des participants à un projet de crowdsourcing ?

Autrement dit, est-ce que je participe dans le but d’apprendre, d’améliorer mes connaissances dans le domaine concerné ? Cela semble finalement assez évident dans des projets de sciences citoyennes, par exemple ceux de la galaxie Zooniverse (attention, si vous ne connaissez pas encore Zooniverse, vous cliquez sur ce lien à vos risques et périls, ces projets sont complètement passionnants et addictifs !) ou du Muséum d’histoire naturelle (le programme Vigie Nature invite les citoyens à participer à l’observation de la biodiversité).

Est-ce que je participe dans le but m’améliorer mes compétences techniques (par exemple de paléographie en participant à des programmes de transcription comme celui mis en place par les Archives départementales des Alpes-Maritime sur Wikisource, ou encore Ancient Lives, transcription collaborative de papyrus grecs) ?

  • Est-il possible d’utiliser le crowdsourcing à des fins pédagogiques pour une institution culturelle ?

Apprendre en faisant, c’est finalement une évidence… C’était d’ailleurs manifestement dans ce sens que mon interlocuteur sur Twitter posait sa question initiale, il est même allé plus loin en faisant un parallèle entre le crowdsourcing et la pédagogie Freinet.

C’est là un champ de réflexion pour les enseignants, certes. Mais c’est aussi une question pour les institutions culturelles, qui s’attachent à développer les compétences de leurs usagers (recherche documentaire, exploitation des oeuvres ou documents conservés, connaissances culturelles, etc.). Il y a ici certainement des échanges et des projets communs à mener entre professeurs et professionnels de la culture… A suivre ?

  • Quelles conséquences pour les projets de crowdsourcing ?

Je vois trois nécessités qui s’imposent aux institutions, en particulier culturelles, qui voudraient intégrer une dimension d’apprentissage dans leurs projets participatifs :

- donner aux participants la possibilité d’échanger, entre eux et/ou avec des experts, autour des questions qui se posent à eux, afin d’améliorer progressivement leurs compétences.

- donner aux participants une visibilité sur les travaux déjà effectués, par eux ou par d’autres participants, on ne peut pas apprendre "dans le vide".

- ouvrir les droits d’utilisation et de réutilisation des documents concernés : l’appropriation est nécessaire à l’apprentissage, l’usager doit pouvoir au minimum récupérer ses contributions et les documents sur lesquelles elles portent.

Avez-vous d’autres idées pour enrichir cette liste…?

[Veille] Crowdsourcing et digital humanities : le projet Digital Mellini

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Peccadille nous signale sur son carnet de recherche Isidore et Ganesh (j’adore le titre, ça va sans dire) un projet du Getty Research Institute destiné à fournir aux chercheurs un outil de travail collaboratif (édition de texte et annotation) autour de la publication de l’inventaire de la collection romaine de la famille Mellini.

Je vous laisse lire la longue et passionnante analyse de Peccadille, qui pointe à juste titre l’intérêt d’un tel projet :

  • utilisation des outils numériques pour permettre le travail collaboratif des chercheurs
  • création d’une interface de crowdsourcing agréable et intuitive, à la fois pour le travail en commun et pour les échanges entre contributeurs
  • utilisation d’outils open source et d’un format d’édition normalisé (TEI)

Pour ma part, ce qui me semble le plus notable par rapport à d’autres projets similaires (par exemple le remarquable – et européen – Monasterium) :

  • l’initiative vient de l’institution de conservation elle-même, en collaboration avec les chercheurs : on voit ici tout l’intérêt des digital humanities pour les bibliothèques, musées, services d’archives, etc. Qu’est-ce qu’on attend pour travailler de façon plus étroite avec ces chercheurs ?
  • l’interaction entre les contributeurs est au cœur du processus de transcription et surtout de validation. C’est clairement l’un des manques avérés de la plupart des projets de crowdsourcing dans le domaine patrimonial, comme on a pu le noter dans l’Etat de l’art réalisé l’an dernier à la BnF : dans la plupart des cas l’interaction (échanges, discussion, demande d’avis ou de conseil, confrontation de points de vue, etc.) est impossible, et quand elle l’est c’est dans un espace séparé de l’interface d’annotation (forum, FAQ) ce qui en rend l’utilisation fastidieuse et donc rare. Le projet Correct auquel j’ai la chance de participer fait ce même pari de l’interaction entre correcteurs comme levier de la participation, dans ce cas en s’appuyant sur un réseau social dédié. A suivre…

#superlibrarian L’équipement du bibliothécaire

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"Le bibliothécaire s’était dessiné sur le visage, les mains et les bras des signes cabalistiques aux motifs compliqués. Il portait le haut d’une cote de mailles sous ses vêtements, ainsi qu’une calotte d’acier maintenue par une chaîne. Enfin supportait-il dans son dos le poids d’une épée plus longue encore que celle de Grigan.

- Vous pensez vraiment avoir besoin de cela ? s’enquit Rey, avec une pointe de cynisme.

- Bien sûr, répondit l’autre très sérieusement. Comment voulez-vous faire un travail de bibliothécaire efficace sans une longue épée ?"

 

Pierre Grimbert, Le Secret de Ji. Les Editions Mnémos, 1999, volume 2, p. 60.

Reste à trouver sur quelle ligne budgétaire imputer la longue épée…

Conan the librarian, CC BY-NC-SA Dave King (source : Flickr).

Conan the librarian, CC BY-NC-SA Dave King (source : Flickr).

Bibliothèques et innovation

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Bibliothèques et innovation… l’alliance peut sembler à certains (mais qui ???) contre nature, et pourtant les bibliothèques – et plus largement les institutions patrimoniales, archives, musées – sont d’incroyables creusets d’innovation, aussi bien technique (web de données, fouille de données, web mobile, datavisualisation, etc.) que d’usages (crowdsourcing, open data, fab labs, bibliobox, etc.).

CC BY-NC-SA VancityAllie (Flickr).

Mitonnons l’innovation en bibliothèques… Miam !
CC BY-NC-SA VancityAllie (Flickr).

Le BBF consacre ainsi son dernier numéro à l’innovation dans le domaine patrimonial, et plus particulièrement en bibliothèques. On y découvre des expérimentations passionnantes autour des bibliothèques numériques, de l’interopérabilité des données patrimoniales, des digital humanities, de la médiation numérique, de la culture participative. A lire de toute urgence !

Pour aller plus loin, on peut regarder la synthèse L’innovation en bibliothèque (2013) de Thomas Chaimbault, qui multiplie des exemples plus bluffants les uns que les autres… D’autres chouettes exemples (bien que moins contextualisés) sont recensés dans le livre blanc La bibliothèque quatrième lieu, espace physique et/ou d’apprentissage social (2012) de Victoria Pérès-Labourdette Lembé. N’oublions pas non plus bien entendu les projets de l’initiative Biblio Remix, qui invitent à repenser complètement l’espace de la bibliothèque et ses relations avec les usagers.

… et tant d’autres qu’il est impossible de tous les citer (vous admirerez la pirouette pour éviter qu’on me reproche quelque oubli)… N’hésitez pas à indiquer en commentaire d’autres projets innovants, pour enrichir collaborativement la liste ! Citons aussi l’initiative de l’Enssib qui se propose, à travers les billets de son EnssibLab, de fournir une veille régulière sur les projets d’innovation numérique en bibliothèques.

Et comment ne pas terminer en signalant que se tient en ce moment même le premier hackathon Dataculture organisé par le ministère de la Culture autour des données publiques culturelles numériques (même s’il ne concerne pas QUE les bibliothèques, ne soyons pas sectaires) ? Jugez plutôt :

Pourquoi consacrer un week-end d’automne à imaginer, designer et coder des applis, alors que vous pourriez le passer tranquillement chez vous à mitonner, avaler des séries ou lire un bon livre ?

D’abord parce que c’est le premier événement de ce type organisé par le ministère de la Culture et de la Communication. Il s’inscrit dans une démarche forte du ministère visant à favoriser l’appropriation par le plus grand nombre des données publiques culturelles, afin de rendre la culture plus accessible.

A cette occasion, le ministère libérera plus d’une centaine de jeux de données issus des établissements culturels français. Ceux-ci viendront s’ajouter aux données publiques déjà disponibles sur data.gouv.fr. La liste des données mobilisées pour ce hackathon sera bien disponible sur data.gouv.fr.

L’enjeu de ce hackathon est avant tout créatif : il s’agit de concevoir des services utiles, innovants et ludiques qui favoriseront la transmission culturelle et permettront au public dont les plus jeunes d’enrichir leurs connaissances.

En attendant la synthèse de ce hackathon (vivement, vivement), il ne nous reste qu’à suivre en direct sur Twitter le récit des aventures des dataculturistes…

Bon, alors, il y a encore des incrédules  pour nier l’esprit d’innovation des bibliothèques ? Là, je ne peux plus rien pour vous…

#AAF2013 Un atelier collaboratif sur les archives participatives

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Le Forum des Archivistes à Angers approche à grands pas et promet de belles rencontres archivistiques et des échanges passionnants… Et vous, y assisterez-vous ?

Alors je vous propose le mercredi 20 mars un atelier collaboratif sur les archives participatives (oui, je sais, je l’ai déjà écrit dans le titre, mais on a bien le droit de se répéter, non ?).

Le pitch :

Indexation collaborative, identification et tagging de photographies, transcription de manuscrits et autres travaux collaboratifs reposant sur la contribution des internautes, les idées ne manquent pas… et les réalisations non plus puisque plus de 30 services d’archives français ont déjà sauté le pas et mis en place des projets d’archives participatives. On a pu voir de belles réussites, quelques échecs, des adaptations nécessaires, et surtout une expérience qui se construit progressivement sur des expérimentations empiriques et dispersées.

L’atelier se propose de donner la parole, pour un retour sur ces expérimentations, à quelques archivistes qui ont développé des projets collaboratifs, puis d’ouvrir le débat et les échanges sur les éléments qui constituent la clef du succès de ces projets. Deux thèmes en particulier pourront être discutés :

-          comment motiver les usagers à participer aux programmes collaboratifs afin d’atteindre une masse critique de contributeurs ?

-          comment assurer la qualité des données produites pour améliorer véritablement la description des fonds d’archives ?

Les participants à l’atelier pourront ainsi rédiger ensemble une liste de recommandations qui serait mise à la disposition de la communauté des archivistes.

Comment ça va marcher, alors ?

D’abord, on s’inscrit. On pourra être une vingtaine en tout. Si vous avez mis en place un programme collaboratif dans votre service d’archives ou si vous envisagez de le faire, cet atelier est pour vous !

Et puis on s’installe tous dans une salle et on discute, on échange sur nos réalisations et expériences en archives participatives.

On sort les ordis et les tablettes, et on fait un compte-rendu collaboratif en direct.

On n’aura pas de bière ni de pizzas, mais on l’imagine très fort.

On essaie de synthétiser les débats, et on produit un document à destination des services d’archives (et plus largement des institutions culturelles) qui auraient envie de se lancer dans l’aventure collaborative !

Alors, ça vous tente (pour vous inscrire, c’est le lien, là, juste au dessus) ?

beer

Ou alors on pourrait faire un atelier sur la bière participative ?
(CC BY-NC-SA cizauskas, source : flickr)

Création de la liste de diffusion "Ontologie-Patrimoine". Oh, joie !

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Bonjour les gens !

Oui, oui, je sais, vous allez me dire que me voilà bien cavalière pour quelqu’une qui n’a pas donné signe de vie depuis des mois (jetons un voile pudique sur le nombre de mois), mais bon, on se connaît depuis assez longtemps, vous et moi, pour ne pas s’offusquer pour si peu. Si, si.

Et puisqu’on en est aux mondanités et que tout bien pesé le mois de janvier n’est pas encore tout à fait terminé, je vous adresse, amis lecteurs, mes meilleurs vœux pour 2013, may the metadata power be with you. Après tout, il n’est pas gagné que je produise un autre billet cette année, autant en profiter…

Or donc, je reprends céans ma plume et mon clavier, pour vous annoncer derechef la création d’une nouvelle liste de diffusion (qui est le swag incarné, l’Auguste Paris de la liste de diffusion), j’ai nommé… TADA… Ontologie-Patrimoine (oui, certes, vu que c’est le titre du billet vous l’aviez deviné) ! Et attendez, vous n’avez pas tout vu, le sous-titre "Réseau pour la modélisation, les ontologies et les standards des données du patrimoine culturel". J’en salive d’avance…

Mon précieux...Source : Gallica http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9028065p

Mon précieeeeux…
Source : Gallica http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9028065p

Je laisse la parole aux créateurs de la liste :

Ontologie-patrimoine a pour objectif de favoriser l’émergence d’une communauté d’intérêt et de pratique rassemblant les acteurs du monde de la recherche, de la culture et des Humanités numériques autour des problématiques de modélisation de l’information relative au patrimoine culturel.

Elle vise à être un espace d’échange d’informations, d’expériences, de méthodes et de questionnements sur les différents modèles de représentation des données culturelles tels que l’ontologie CIDOC CRM (ISO 21127), le modèle conceptuel EDM (Europeana Data Model) ou encore le schéma XML LIDO.
Nous vous invitons à participer à ces échanges destinés à mieux faire connaître ces modèles, à en faciliter la compréhension et l’utilisation et à définir des profils et des schémas d’utilisation qui garantissent l’interopérabilité entre les systèmes d’information qui les mettent en œuvre.

Fidèle à l’esprit de la communauté des Humanités numériques francophone, cette liste se veut interdisciplinaire et interinstitutionnelle.

Donc c’est qu’il faut aller. Maintenant, allez, zou.

Pour vous tou.te.s qui êtes intéressé.e.s par la modélisation, les systèmes d’organisation des connaissances, l’interopérabilité, les référentiels, la normalisation, les formats, les traitements sémantiques, le web de données…

Pour vous tou.te.s qui travaillez à la description du patrimoine culturel, à sa représentation conceptuelle, à sa préservation, à sa diffusion numérique, à son ouverture sur les autres modèles de représentation de l’information, à son intégration dans l’écosystème du web…

A tou.te.s les muséeux, bibliothéqueux, archivisteux, archéologueux, digital humanisteux fanatiques (ou simplement curieuses/eux) de CIDOC-CRM, FRBR, FRBOoo (si, si, il y en a, je le sais, j’en connais, il est temps de sortir du placard)…

… modélisons tous ensemble le cœur joyeux et l’esprit léger, vers l’interopérabilité des ressources culturelles et au-delà…!