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Web 2.0 et archives : savoir perdre le contrôle

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Web 2.0

Méditons un instant sur cette vérité profonde. Ommmmm.... CC-BY-NC-ND Daniel F. Pigatto, source : Flickr.

Voici une présentation fort intéressante de Jane Stevenson (qui fait partie de l’équipe du portail d’archives britannique Archives Hub) sur l’utilisation du Web 2.0 par les services d’archives, « The impact of Web 2.0 on archives« .

Bon, je n’aime pas trop l’expression Web 2.0, trop marketing et faussement geek, je lui préfère « Web participatif », qui est plus intuitivement compréhensible. Mais à part ça, rien à redire à cette excellente présentation, qui ne cache rien des enjeux et risques de ces technologies et usages, tout en parvenant à diffuser un enthousiasme contagieux (d’aucuns diront que j’étais déjà contaminée… certes, j’avoue).

Je trouve particulièrement intéressante la partie intitulée « Letting go« , qui répond aux inquiétudes de la plupart des archivistes (oui, les archivistes sont des control freaks, il faut l’assumer pour avoir une chance d’en guérir…).  Pour tirer tout le bénéfice du Web participatif et des apports des usagers (aide à la description des documents, ajouts d’archives personnelles, commentaires et échanges, etc.), il faut apprendre à perdre le contrôle (de façon raisonnable et encadrée, bien entendu), tant sur les contenus et descriptions réalisés par les internautes que sur les informations qu’ils peuvent échanger entre eux dans les espaces mis à leur disposition.

Les retombées en termes de fréquentation, de valeur ajoutée, d’échanges, de réputation valent largement le coup.

Alors, apprenons à laisser aller, à laisser faire, à laisser filer. Nous avons plus à y gagner qu’à y perdre.

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Un archiviste n’est jamais tout à fait en vacances

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Et même dans les couloirs de la High Court de Chennai (au demeurant un bâtiment magnifique et impressionnant), mon sang d’archiviste ne fit qu’un tour en tombant sur ça :

Chennai High Court

On fait de drôles de rencontres dans les couloirs de la High Court de Chennai... Crédits photo : LB, 2010, tous droits réservés.

Chennai High Court

Salle d'archives ou débarras ? Le doute demeure... Crédits photo : LB, 2010, tous droits réservés.

Mais sans aller si loin, j’ai souvenir de tribunaux français qui ne font guère plus de cas de leurs archives… Serait-ce une composante universelle ? J’en ai froid dans le dos.

N’en déplaise à Monsieur Ory-Lavollée…

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« Faire des sites Web avec de grosses bases de données, ce n’est pas le même métier que de gérer des archives. Les institutions sont en général plus douées pour la conservation et l’analyse scientifique que pour la diffusion, la présentation simple et pédagogique, l’ergonomie, la communication… »

(Bruno Ory-Lavollée dans le dernier numéro de la Revue française de généalogie)

Ah bon ?

Certains ont été bien plus rapides que moi à réagir à ce que l’on a pu voir comme une atteinte à nos principes professionnels (les fameux « 4C » des archivistes).

Sans même aller jusqu’à se poser la question des missions fondamentales de l’archiviste, il me semble que Monsieur Ory-Lavollée aurait pu, par simple honnêteté intellectuelle ou même juste par curiosité, aller regarder quelques sites Internet de services d’archives avant de s’exprimer de façon aussi péremptoire.

Ce qu’il y aurait trouvé aurait largement suffi à lui prouver la compétence des archivistes dans le domaine de la diffusion numérique.

Rien que les chiffres donnent le tournis…

  • 1,4 milliard de pages vues et 24 millions de visites en 2009 sur les sites Internet de ces services d’archives (ça ferait rêver plus d’une société privée, non ?).

… et ce n’est rien à côté des réalisations…

  • développement d’interfaces de consultation user-friendly

Les sites Internet des Archives départementales de l’Aisne, de l’Hérault ou encore des Ardennes (sélection purement subjective et bien trop limitée, j’en conviens) présentent un graphisme élégant et attractif, et une ergonomie de navigation aisée. Il sont juste super beaux, voilà tout.

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Consulter les registres en ligne du Bas-Rhin, un vrai plaisir ! (Archives départementales du Bas-Rhin)

Les Archives départementales du Bas-Rhin proposent une interface d’accès aux archives en ligne complètement inédite, d’une simplicité et d’un plaisir de consultation remarquables.

Quant à l’adaptation des interfaces de recherche dans les fonds d’archives aux usages du public, le projet des Archives départementales de l’Aube, retenu dans l’appel à projets culturels numériques innovants du ministère de la Culture, est à ce titre exemplaire.

  • expositions virtuelles

De très nombreux départements en proposent, j’aime bien celles des Archives départementales de la Meurthe-et-Moselle, nombreuses et variées, s’il faut choisir un exemple.

  • indexation collaborative

10 services d’Archives départementales proposent des modules d’indexation, qui sont très généralement plébiscités par le public. Le dernier en date et mon préféré pour la simplicité d’interrogation et de consultation des données indexées : les Archives départementales du Cantal.

A ce jour à ma connaissance, seules les Archives municipales de Toulouse sont concernées, mais il y a d’autres projets en cours de réalisation.

  • tutoriels interactifs

Voir absolument le cours de paléographie multimédia des Archives départementales d’Indre-et-Loire.

  • serious games
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Échapperez-vous aux terribles Archiphages ? (Archives départementales de l'Aube)

De Copains de Banlieue (Archives municipales de Saint-Denis) au Mystère de la Cordelière (Archives départementales de l’Aube), les Archives ont largement fait leurs preuves dans le domaine du jeu en ligne.

  • présence sur le Web social

3 services d’Archives départementales ont une page Facebook.

5 Archives départementales, 2 Archives municipales et les Archives de France proposent des flux rss pour leurs actualités.

Sans parler de l’intéressant Blog du paléographe des Archives départementales de Meurthe-et-Moselle, ni de la convention de la Ville de Toulouse avec Wikimédia qui concerne en particulier les Archives municipales (et dont il a déjà été question ici).

  • participation à des portails collaboratifs destinés à diffuser gratuitement et au plus grand nombre les données culturelles

Qu’il s’agisse de portails régionaux (BnSA, GéoCulture en Limousin, etc.), nationaux (Collections), européens (Européana, APEnet).

Les Archives sont particulièrement dynamiques dans le développement de l’interopérabilité documentaire, grâce à la généralisation d’un format numérique normalisé de description archivistique, XML-EAD, et à l’usage de plus en plus courant du protocole d’échange de métadonnées OAI-PMH.

  • expérimentations en Web sémantique

Les Archives de France ont ainsi publié en XML-SKOS le Thésaurus pour la description et l’indexation des archives locales anciennes, modernes et contemporaines.

Alors, n’en déplaise à Monsieur Ory-Lavollée, les services d’archives et les archivistes sont bel et bien doués pour la diffusion numérique de leurs fonds, il suffit de juger sur pièces.

Ce qui n’exclut évidemment pas que des réalisations intéressantes puissent être faites par le secteur privé, d’ailleurs la très grande majorité des projets cités dans ce billet ont fait l’objet de prestations de sociétés privées, qui ont apporté leurs compétences techniques, graphiques, ergonomiques, etc. Mais les archivistes en étaient les prescripteurs, apportant leur connaissance des fonds d’archives et de leurs publics, ainsi qu’une compétence technique de plus en plus développée.

Il était inutile d’accuser les archivistes d’avoir la rage pour mieux les tuer. Les faits parlent d’eux-même, les archivistes prouvent ce dont ils sont capables.

chien

Nous sommes innocents, Monsieur Ory-Lavollée ! (CC-BY Death-rebirth-freedom, 2010, source : Flickr)

[Mise à jour 26/10/2010] L’Association des archivistes français a publié le 13 octobre 2010 un droit de réponse particulièrement argumenté à M. Ory-Lavollée.

Les archives électroniques, à quoi ça peut bien servir ?

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Je suis incapable de résister à un défi. Déjà, dans la cour de récré, un «T’es pas cap’» bien placé m’envoyait grimper aux arbres (ah non, ça je le faisais spontanément, pas besoin de défi), escalader les grilles ou affronter le caïd de l’école. Ou lire 3 livres par semaine pendant un an, j’ai toujours aimé les défis intellectuels, aussi.
Alors depuis que Lourdes et Marie ont lancé leur défi aux archivoblogueurs, je frémis, je tremble, je cogite, je ne tiens pas en place. Bref, une fois encore, je ne résiste pas au défi.

« Pourquoi ne pas tous écrire quelques lignes sur ce que recouvre le terme d’archivage électronique ? »

Bien. Euh… Alors, l’aveu liminaire, c’est que je ne connais absolument rien aux archives électroniques. Je n’ai jamais travaillé dans ce domaine, je n’ai suivi aucune autre formation sur ce sujet que 3 jours à l’Institut du Patrimoine pendant ma formation initiale, il y a donc presque une éternité (rendez-vous compte, MoReq1 venait à peine d’être publié), et les échanges que j’ai pu avoir avec des professionnels de l’archivage électronique se sont plus souvent déroulés devant une bière que devant un ordinateur.Bières

Du rhum, des archives et d’la bière, nom de Dieu. FlickR, Marc Lagneau, 2010, CC-BY-ND.

Mais si on ne parlait que de ce qu’on connaît, on ne dirait pas grand-chose.

Et puis, à défaut d’avoir la moindre idée de ce que sont les archives électroniques (que, finalement, je préfère continuer à considérer comme quelque chose d’un peu magique, et dont les professionnels sont pour moi des shamanes auréolés d’un mystère fascinant), on peut toujours se demander à quoi ça peut bien servir précisément lorsque l’on n’est pas un spécialiste.

A faire causer les archivistes…

Le défi de Lourdes et Marie est une initiative idéale pour animer l’archivoblogosphère francophone. Même si nous commençons à être relativement nombreux, un petit coup de pied bien placé pour faire bouger tout ça n’est pas de trop ! Et il va, je l’espère, permettre de développer les échanges et le dialogue entre blogueurs et plus largement au sein de la communauté archivistique consultant ces blogs. Un thème moins porteur que les archives électroniques inciterait peut-être à moins d’interventions.

Pour relayer cet élan, nous attendons donc maintenant avec impatience les points de vue d’archivistes beaucoup plus compétents que moi sur ce sujet. Allez, au boulot, camarades !

A redorer le blason des archives et des archivistes (et il y a du boulot !)

– Tu fais quoi, dans la vie ?
– Je suis archiviste.
– Ah… Et tu n’en as pas marre des vieux papiers ?
– [longue pause de l’archiviste qui hésite entre tuer son interlocuteur à coups de Dimab ou se jeter dans la Seine] Oui mais non, mais attends, il y a aussi les archives électroniques…
– Mais oui, c’est super intéressant, d’ailleurs j’ai lu un article passionnant sur l’archivage du Web dans Télérama.

OK, l’Autre n’a rien de rien compris, mais cette étincelle d’admiration béate que l’on aura pu lire dans Ses yeux vaut tous les sacrifices, y compris celui de son honnêteté intellectuelle.

De façon plus générale, y compris et surtout dans le cadre professionnel, la simple mention des archives électroniques suffit à rappeler que les archivistes ne sont pas seulement des videurs de caves et de greniers ni des rats de bibliothèques penchés sur leurs grimoires. Il est souvent plus facile de convaincre une collectivité ou une entreprise de financer la mise en place d’un projet d’archivage électronique que l’aménagement d’un nouveau magasin de conservation d’archives papier. Et une fois que l’on a un pied dans la place…

A questionner les principes fondateurs de notre pratique archivistique

Comme l’a récemment esquissé Lourdes, l’archivage électronique remet largement en question un certain nombre de principes archivistiques que l’on croyait gravés dans le marbre : la théorie des trois âges des archives, la notion de producteur, le lien intrinsèque entre support et contenu, et sans doute d’autres encore auxquels je ne pense même pas.
Et c’est bien comme cela qu’une profession et une pratique peuvent avancer, en se remettant en cause, en ne considérant aucun principe comme acquis, quitte à réaffirmer leur validité après les avoir confrontés à une réalité complexe et évolutive.

Tableau noir

Fin de l'exercice. J'ai bon ? FlickR, André Bianco, 2010, CC BY-NS-SA.

Mises à jour. Ça marche, les archivistes causent !

  • 08/09/2010 – Une longue réponse de Céline Guyon dans les commentaires de Archives Online.