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Adoptez un livre !

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Vous avez déjà adopté un chien, un chat, un poisson rouge, un mec, et vous cherchez à vous diversifier ? La BnF vous propose la solution idéale…

poisson

Adoptez-moi ! CC-BY-NC-ND Charlesdupain, source Flickr.

L’Association des amis de la Bibliothèque nationale de France (AaBnF) lance l’opération « Adoptez un livre », à l’occasion du Salon du livre. La recette est expliquée sur le blog de Gallica :

« Le donateur est invité à choisir, sur le site de l’Association les ouvrages qu’il souhaite voir numériser.
Quatre thèmes ont été retenus pour l’ouverture : les femmes*, panorama du XIXe siècle, les livres de sciences naturelles, les grandes entreprises françaises.  […]
En signe de reconnaissance, le nom du donateur figurera pendant 10 ans à côté de l’ouvrage numérisé, sur Gallica. »

* ndla : Vaste programme, n’est-ce pas ? Subtilement divisé sur ledit site en sous-thèmes, que je vous livre et dont je vous laisse méditer tout le sel : « Féminisme ancien – Féminisme moderne – Condition féminine – Modes et costumes »… Tant qu’à faire, pour charger la mule, ils auraient pu ajouter « Maternité et allaitement – Bijoux et maquillage – Cuisine et arts ménagers », je les trouve petits joueurs sur ce coup-là…

(mais tout s’explique : sur les 11 membres du Conseil d’administration, il n’y a que 3 femmes… Nos amies de La Barbe y trouveraient-elles matière à action…?)

Bref, devenons à nos moutons, à nos lynx et à nos poissons rouges. Adopter un livre, quel beau cadeau ! Justement, vous vous demandiez quoi offrir à votre poisson rouge adopté, voici le présent idéal, et cet ouvrage fraîchement numérisé (« quoi, elle est pas fraiche ma numérisation ???!!!??? ») apparaîtra bientôt dans Gallica avec la mention « Cet ouvrage a été numérisé grâce à Bubulle ».

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Oh, un champ de Bubulles. CC-BY-NC cbcastro, source Flickr.

La formule a été inaugurée il y a maintenant quelques temps par nos voisins anglais : la British Library a ainsi lancé « Adopt a book » , un programme de mécénat individuel ouvrant des avantages aux généreux donateurs (diplômes, visites personnalisées, etc.). Et ils nous proposent justement cette année une sélection d’ouvrages pour la fête des mères, plus d’hésitation…!

De même, mais avec un peu moins d’humour, les musées anglo-saxons font régulièrement et depuis longtemps appel au mécénat individuel pour l’acquisition ou la restauration d’œuvres d’art. Le Louvre s’y est mis depuis peu et avec succès, permettant l’acquisition au début de l’année 2011 des Trois Grâces de Cranach L’Ancien.

Eh bien, au delà des polémiques sur le financement public de la culture et d’une réticence franco-française au principe même du mécénat, je trouve que c’est franchement une bonne idée. Pas seulement pour l’aspect financier, mais tout simplement parce que cela permet à chacun de s’approprier un petit bout de culture.

Attention, séquence émotion.

Le père [ému, la gorge serrée]

– Regarde, fils, et lis, c’est grâce à ton vieux père que cet ouvrage a été numérisé.

Le fils [l’œil brillant]

– Oh, Papa, je suis tellement fier ! Moi aussi quand je serai grand j’adopterai un livre…

Fin de la séquence émotion, rangez vos Kleenex.

La conservation du patrimoine commun appelle alors à la citoyenneté, s’appuie sur la communauté. Cela nous rappelle que ce patrimoine appartient à tous.

Durant mes études à l’INP, il y a quelques temps déjà, j’avais été en stage pendant 2 mois aux Archives municipales de Barcelone où j’avais découvert avec intérêt le programme Barcelona Fem Memoria (en gros « Barcelone, construisons ensemble notre mémoire », ou quelque chose comme ça…), qui faisait appel non seulement aux dons d’argent mais aussi au volontariat des habitants/citoyens (« ciudadanos » en espagnol désigne à la fois les citadins et les citoyens, c’est un joli rapprochement). Dans le service d’archives de l’arrondissement d’Horta-Guinardo où je faisais mon stage, il y avait ainsi 2 retraités qui venaient chaque semaine aider au classement de la presse ancienne. D’ailleurs, nous n’hésitons aujourd’hui plus en France à faire appel au volontariat en ligne, à bénéficier de l’investissement et des compétences de nos usagers, en mettant en place des programmes d’indexation collaborative, pourquoi ne pas faire de même pour un bénévolat sur place ?

Bref, appeler à la participation des citoyens pour la préservation et la diffusion de leur patrimoine, que ce soit en fournissant un peu de leur temps ou un peu de leur argent, c’est peut-être un bon moyen non seulement de continuer à assurer nos missions dans un contexte économique contraint mais surtout de sensibiliser nos usagers à l’importance de ces missions et de les associer à leur défense.

chat

Peut-être aurait-il mieux valu n'adopter QUE le poisson rouge...? CC-BY-NC-ND kountou, source Flickr

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Sans préjugés

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Passer du monde des archives à celui des bibliothèques, c’est naviguer d’un préjugé à l’autre. D’un cliché à l’autre.

Librarian

Ah oui, quand même... (Photograph of Mrs. Adelaide Minogue Checking Humidity Recorder in Stacks, 1942 - US National Archives, source : Flickr Commons)

Non je n’ai pas passé 7 ans dans une cave vêtue d’une une blouse grise.

Non je ne prends pas mon pied à rester des nuits entières penchée sur un grimoire poussiéreux (quoi que, s’il s’agit d’un antique livre de recettes…?).

Et non, je ne me suis pas laissé pousser lunettes et chignon depuis que j’ai rejoint les bibliothèques.

Les préjugés sur tous les métiers, et les nôtres en particulier, ne sont pas prêts de disparaître. J’ai beau, avec mes cheveux courts, mes yeux de lynx, mes fringues/bijoux flashy voire créateurs* et mes délires de geekette, lutter de toutes mes forces pour faire évoluer l’image de la « bibliothécaire à chignon », c’est sans doute peine perdue.

Ces clichés ne reposent en effet pas seulement sur une incompréhension ou une ignorance de nos métiers, mais ils existent et persistent peut-être bien aussi et surtout parce qu’ils représentent la seule image (on en vient ici à un autre sens du mot « cliché » ), la seule illustration visuelle de métiers dont le quotidien aujourd’hui tend à ressembler à celui de tant d’autres métiers. Je laisse la parole au sociologue (et archivistophile) Denis Colombi, qui nous livre sur son blog Une heure de peine une analyse qui m’a, je l’avoue, pleinement convaincue :

Car pourquoi cette représentation de l’archiviste comme quelqu’un qui travaille dans la poussière et les vieux papiers est-elle si puissante ?

Pas seulement à cause des nombreuses représentations qui peuvent avoir cours dans les médias et ailleurs, mais aussi et surtout parce qu’elle est aisément descriptible et compréhensible. Vus de l’extérieur, les archivistes ressemblent de plus en plus aux autres professions : ils participent à des réunions, sont installés devant des ordinateurs où ils manipulent des logiciels austères, ils « gèrent de l’information », discutent de « compétences », organisent des « systèmes »…

Rien qui ne soit très clair pour le profane : le contenu de leur travail est devenu difficile à dire simplement et à expliquer, il est devenu difficile d’en rendre compte. Tandis que celui qui manipule de grands parchemins ou des textes en latin, vu de l’extérieur, fait quelque chose de plus précis, de plus clair, de plus facile à classer : on voit bien ce qui le différencie des autres travailleurs.

C’est sans doute pour cela que l’image de l’archiviste restera encore pour longtemps celle-là, comme l’enseignant restera celui qui professe devant un auditoire silencieux, le commercial celui qui essaye de refourguer un produit, le policier celui qui court après le voleur… quelque soit le contenu réel de leurs activités. Les clichés ont la peau dure!

Ce n’est pas une raison pour cesser la lutte, Camarades ! Et de fait de jeunes archivistes et bibliothécaires ont pris les armes pour tenter de faire évoluer l’image des professionnels de l’info-doc, et pour rendre compte de façon réaliste et objective de notre quotidien :

– découvrez, si ce n’est déjà fait, les aventures rocambolesques des 4 archivistes du blog « Chroniques archivistiques » , qui se sont donné la lourde tâche de prouver, envers et contre tous, qu’archiviste est le plus beau métier du monde. Et ce n’est pas une mince affaire !

– mais aussi le projet d’étude de 5 étudiantes en info-doc qui ont créé un site « Préjugés Info-Doc » , où l’on trouve, outre une information précise sur les différents métiers, une enquête et des interviews, des listes de références littéro-cinématographiques, et quelques perles audiovisuelles

– et l’innénarable Bibliopathe elle-même nous prouve, photos à l’appui, que NON LES BIBLIOTHECAIRES NE PORTENT PAS DE CHIGNON, nom de nom !

Bibliothecaire sans chignon

Si vous aviez encore un doute... (Source : Préjugés Info-doc. Reproduit avec l'aimable autorisation de la fine équipe du site, bien qu'elles aient omis toute mention de copyright)

* Petit aparté à l’attention des mes employeurs. Il est bon pour l’institution et pour le bien des bibliothèques et des bibliothécaires en général que je lutte contre les préjugés envers les bibliothécaires ? Donc il est bon que je porte des vêtements de créateurs. Ça pourrait entrer en frais de représentation, non ?